Déclaration fondatrice de l’association française des diplomates de métier
(31 août 2022)
La mise en extinction des corps des conseillers des affaires étrangères et des ministres plénipotentiaires, par un décret du 1er décembre 2021, a suscité un mouvement historique de contestation emmené par un collectif de plus de 600 diplomates et par une grande partie des organisations syndicales du ministère de l’Europe et des affaires étrangères.
Bien au-delà de cette réforme et de sa mise en œuvre, la diplomatie connaît aujourd’hui dans notre pays, faute d’avoir su convaincre de sa plus-value, une triple remise en question : de sa spécificité dans l’État, qui nécessite un investissement considérable pour l’acquisition de compétences multiples, notamment linguistiques, consulaires ainsi qu’en négociation et en droit européen et international ; de sa fonction régalienne et de service public ainsi que de son importance pour la sécurité de la nation, qui exige des diplomates une loyauté durable et un choix de vie radical, qu’ils imposent à leur famille ; de sa vocation interministérielle, de pilotage des opérateurs, et de son rôle essentiel pour éclairer les décisions politiques sur les évolutions du monde et leurs conséquences pour notre pays.
Parce que nous croyons profondément à l’avenir de notre métier et d’une diplomatie professionnelle - que la réforme de la haute fonction publique met en danger -, et que nous refusons collectivement la dégradation de l’outil diplomatique, nous avons fondé ce jour l’association française des diplomates de métier. Cette association loi de 1901 se donne pour mission de contribuer et d’œuvrer durablement à ce que notre diplomatie reste forte, influente, ouverte vers l’avenir, riche de son expérience et de sa capacité à s’adapter aux changements, afin de mettre en œuvre efficacement les priorités fixées par nos autorités et de continuer de servir tous les Français au-delà de nos frontières.
Alors que notre outil diplomatique est remis en cause, nous pensons que les diplomates de métier et de vocation, engagés, compétents et expérimentés, constituent la colonne vertébrale de notre outil diplomatique. Ce sont eux qui font vivre et modernisent constamment la puissance diplomatique de la France face aux bouleversements planétaires. Au moment où nous découvrons le retour de la guerre sur notre continent, où les sociétés évoluent plus vite que leurs gouvernements, où le monde vit des changements accélérés et des défis sans précédent - à commencer par le changement climatique -, notre pays ne saura anticiper l’avenir et les affronter avec efficacité sans le soutien d'un service diplomatique professionnel.
Notre démarche est foncièrement apolitique. Elle est dictée par notre attachement à l’intérêt national ainsi qu’à la continuité de notre action extérieure. Elle s’inscrit dans une perspective concrète et opérationnelle et s’accompagne d’une complète loyauté envers nos autorités politiques, constitutive de notre engagement au service de l’État, ainsi que d’un souci constant de le servir de la meilleure manière possible.
L’association française des diplomates de métier, que de nombreux agents du MEAE ont exprimé l’intention de rejoindre, sera constituée de quatre catégories de membres : les membres actifs, regroupant tous les agents publics du MEAE, titulaires de catégories C, B et A, contractuels et détachés, mais aussi les diplomates en mobilité à l’extérieur du ministère, qui jouent tous un rôle clé pour la pérennité de la diplomatie de métier ; les membres associés ; les correspondants étrangers, que pourront notamment rejoindre nos collègues étrangers soumis aux mêmes défis que les diplomates français ; et les membres d’honneur, dont font d’ores et déjà partie Dominique de Villepin, Michel Barnier, Maurice Gourdault-Montagne, Emmanuelle d’Achon, Xavier Driencourt et Michel Duclos, qui ont apporté leur soutien à la création de l’association.
L’action promue par l’association est à l’opposé de tout corporatisme, tout passéisme ou tout repli. Bien au contraire, elle se donne pour ambition de défendre, promouvoir, rénover et réformer positivement un métier basé sur les compétences et l’expérience pour mieux accueillir et tirer parti de la richesse que constituent les très nombreux contractuels et fonctionnaires détachés, qui font de notre ministère le plus ouvert de la fonction publique.
Solidaire du collectif des 600, des autres associations ainsi que des organisations syndicales du ministère, l’association française des diplomates de métier dialoguera dans le même esprit positif avec l’administration du ministère et tous les acteurs impliqués dans la vie de nos métiers.
L’association française des diplomates de métier